Un combat sanglant

Tiens, c’est marrant, mais ce tweet de theheart.org vient juste de tomber:

Il s’agit d’un commentaire d’un abstract qui semble montrer que le dabigatran “dans la vraie vie” n’est pas forcément facile à manier.

Dosage of dabigatran was 150 mg twice daily in all patients except for two who received 75 mg twice daily. The mean treatment time for dabigatran was 3.9 months. During the warfarin treatment period, time in therapeutic range was 70%.

Results showed that during the warfarin treatment period, there was one event (0.88%) necessitating drug discontinuation—the patient was hospitalized because of a high INR. This compared with 13 events (11.5%) in the dabigatran treatment period. These included one treatment-related death (GI bleed), four other bleeding episodes (two GI bleeds, one rectus sheath hemorrhage, one intracranial hemorrhage associated with trauma), one deep venous thrombosis, one atrial thrombus, one transient ischemic attack, one skin rash, and four patients with GI symptoms.

These adverse reactions were more common in older patients and in females. The mean age of patients experiencing complications on dabigatran was 73.4 years, compared with 66.5 years for the whole population. And women represented 29% of the overall population, but 71% of patients with complications.

On retrouve toujours les mêmes problèmes qu’en Nouvelle-Zélande, c’est à dire une prescription trop enthousiaste chez des patients largement moins surveillés que dans les essais cliniques: patients âgés, faibles poids (femmes?), dosages non adaptés (110mg vs 150mg)…

L’âge des patients qui ont plus de problèmes (73.4 ans) n’est pourtant pas beaucoup supérieur à celui des patients de RE-LY (D110:71.4±8.6, D150:71.5±8.8, W:71.6±8.6)…

L’auteur de l’abstract pointe le souci de surveillance:

“The problem with dabigatran is that it has been presented as a ‘fire-and-forget’ medicine. That is, the doctor can write a prescription and not think about it again. But anticoagulation is not like that. Just because patients on dabigatran don’t need to have regular INR measurements doesn’t mean they don’t need monitoring.”

L’auteur principal de RE-LY se défend comme il peut:

“These experiences in a highly selected group of patients are vastly different from the results with dabigatran in the randomized RE-LY trial and from the much lower rate of spontaneous worldwide reports on side effects during the more than 700 000 patient-years of treatment with dabigatran in real life over the past years. Still, these observations emphasize that the risk of side effects with dabigatran is largest in elderly patients and in patients with reduced renal function. In contrast to what was used in the patients presented in the poster, such patients should be prescribed the lower dabigatran 110-mg twice-daily dose, and it is very unfortunate that this dose is unavailable in some countries. The presented experiences also emphasize the need for other alternative oral anticoagulants, as it is rather tricky to switch from warfarin and back, but considerably simpler to switch between the new oral anticoagulants if needed because of side effects or other problems with tolerance or compliance.”

En gros, la vraie vie n’est pas encore la vraie vie, et il faut faire attention à nos prescriptions.

Bon, ok, rien de bien neuf sous le soleil.

Détail rigolo, pour qui roule l’auteur de l’abstract?

Rivaroxaban? Apixaban?

Bah pas du tout, pour un labo qui commercialise entre autres des kits d’INR ou des algorithmes de gestion d’INR:

J’ai d’ailleurs reçu le 4 mai un gentil courrier d’une boite travaillant pour Alere® me faisant part de l’existence de cet abstract (je l’avais balancé sans le lire):

Le monde de l’anticoagulation est sans pitié: Père, gardez-vous à droite ! — Père, gardez-vous à gauche ! (Philippe le Hardi, Poitiers 19/09/1356, ça a aussi beaucoup saigné ce jour là…)

Les nouveaux anticoagulants oraux (dabigatran et rivaroxaban) dans la fibrillation auriculaire

L’Afssaps a publié une mise au point intéressante sur l’utilisation des nouveaux anticoagulants, Pradaxa® (dabigatran) et Xarelto® (rivaroxaban) dans la fibrillation auriculaire.

L’idée est de pondérer une communication des laboratoires qui serait susceptible être un peu trop enthousiaste.

J’utilise un conditionnel, qui plus est avec des pincettes, car chacun sait qu’en France l’industrie pharmaceutique est notoirement la plus éthique au monde et qu’une nouvelle Nouvelle-Zélande ne pourrait pas être possible chez nous. En effet, le LEEM, armé de son bouclier, charte de la visite médicale, et de son épée d’airain, le Codeem, veille sur nos patients avec son regard acéré de faucon.

Le document de la défunte Afssaps est clair, net et assez pragmatique dans ses conduites à tenir (petit conflit d’intérêt, mon groupe a participé à la relecture de ce document).

Ce texte insiste beaucoup sur les situations à risque, en fonction de la molécule utilisée:

  • sujet âgé (> 75 ans),
  • insuffisance rénale (attention au MDRD+++),
  • faible poids corporel,
  • certaines comorbidités associées à un risque hémorragique élevé,
  • certaines interactions médicamenteuses

Autre message important, vous ne serez pas un assassin si vous ne passez tous vos patients fibrillants avec des AVK sous ces nouveaux anticoagulants:

Il n’y a pas d’argument pour changer le traitement d’un patient stabilisé sous AVK.

Si j’ai le courage, dans la journée, on lira ensemble l’étude EINSTEIN-PE.

Pot-pourri

La semaine a été assez riche en actualités sur les médicaments, mais aucune suffisante pour faire une note étoffée.

Voici donc le petit pot-pourri du samedi matin.

Commençons par l’affaire Genopharm/Riemser. J’ai suivi cette histoire après la lecture de ce tweet fort martial et volontariste de Christian Lajoux:

Je me suis demandé ce que le Codeem, dont le domaine de prédilection semble être l’éthique, avait à faire dans cette histoire de fraude supposée, découverte par l’Afssaps et qui doit passer devant la justice (ici, et ici).

Puis je me suis dit que de toute façon je n’étais pas objectif, étant donné ce que je pense de ce machin. J’ai donc été surpris par l’analyse du Figaro, qu’on peut difficilement taxer d’anticapitalisme primaire et d’être défavorable à l’industrie pharmaceutique:

Face à ce possible nouveau scandale, dans un contexte général de défiance vis-à-vis des médicaments et afin de redorer le blason d’une industrie sérieusement écorné, le Leem (le syndicat des industriels du médicament) annonçait, le 22 novembre dernier, la saisine de son Comité de «déontovigilance», mis en place en septembre après l’affaire du Mediator. Il s’agissait d’analyser «les pratiques alléguées du laboratoire Genopharm». Le comité avait promis d’auditionner «dans les meilleurs délais le président de Genopharm et l’avocat qui défend les intérêts de Riemser en France».

Seul Genopharm répondra aux questions du comité le 5 décembre, Riemser ayant décliné l’invitation. Mais ce dernier a envoyé au patron du Leem une copie du dossier déposé au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris et s’est vu opposer une fin de non-recevoir. «Le comité est autonome et ne dépend pas de moi, se défend Christian Lajoux, patron du Leem et également de Sanofi en France au Figaro. Riemser aurait donc dû envoyer son dossier au président du comité.» Certains voient dans la création du Comité de «déontovigilance» une pure opération de communication du Leem tout en pointant du doigt l’ambiguïté d’une procédure disciplinaire en marge d’une procédure pénale. L’affaire ne fait que commencer.

Le néologisme déontovigilance les a fait de toute évidence rire, de même que l’utilité de ce comité.

A quoi sert le Codeem? A priori à rien puisqu’on l’implique dans une histoire où il n’a rien à faire et dont les protagonistes semblent l’ignorer superbement. Envoyer le dossier au Président du Leem! Quelle rigolade! Même les membres de l’industrie se fichent du machin, ou en tout cas ne savent pas eux-même à quoi ça sert.

En définitive, difficile d’exister quand sa seule raison d’être est d’acheter une virginité.

Le Leem, ça devient une institution grolandaise, non?

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La HAS vient de rendre un avis sévère sur l’utilité de l’Arixtra 2.5® (fondaparinux) dans le traitement de la thrombose veineuse superficielle. J’avais parlé de cette indication ici, à l’issue de la publication de l’étude stephanoise CALISTO.

La HAS a fait les mêmes remarques que moi ( :oops: ) sur l’hétérogénéité du critère primaire choisi et le nombre étonnant des patients opérés de leur TVP (sur quels critères?):

En revanche le choix du critère de principal composite est discutable car les événements qui le composent n’ont pas tous la même pertinence clinique : si celle des EP et TVP symptomatiques ne pose pas de problème, il n’est pas établi que l’extension à la jonction saphéno-fémorale soit un facteur de risque de TVP proximale ; et il n’est pas démontré que la récidive de TVS soit un facteur prédictif de l’évolution vers un événement thromboembolique veineux profond (TVP et/ou EP). Or, le résultat observé, reposant surtout sur une réduction de la récidive ou de l’extension de la TVS, est de nature à réduire la taille du bénéfice clinique attendu.

Par ailleurs, aucun critère objectif ne permet d’identifier les TVS pour lesquelles une indication chirurgicale a été posée à l’inclusion et il n’y a pas d’information sur les TVS exclues de l’étude sur ce critère, ni dans quelle proportion.

L’avis de la HAS est intéressant à lire, notamment car il fait le point sur une affection dont le traitement n’est toujours pas codifié en 2011. Pour aiguiser votre esprit critique, relisez l’article élogieux que theheart.org (édition française) avait consacré à CALISTO. Rigolo, non?

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J’ai appris la même semaine que la Dronedarone (Multaq®) et la trimetazidine (Vastarel®) allaient être déremboursées. C’est presque trop de bonheur d’un coup. En lisant cette liste des 28 autres recalés, on trouve aussi le Nexen® et ses génériques, le Fonzylane®, et l’Hexaquine®.

On va devoir réhabiliter Servier, voire les remercier. Les conséquences de l’affaire Mediator® vont peut-être finalement permettre de sauver plus de vies que ce médicament n’en a coûté.

Pour rigoler un peu, voici ce que des tas de gens très biens, et la presse médicale disaient de la dronedarone, il n’y a pas si longtemps:

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La Revue Prescrire a publié un Petit manuel de Pharmacovigilance et de pharmacologie clinique destiné aux soignants. C’est gratuit, bien fait et disponible ici.

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Dans le dernier Prescrire, la rédaction n’a pas tiré à boulets rouges sur le Pradaxa® (dabigatran) dans la fibrillation auriculaire. Curieux, je m’attendais à quelque chose de bien plus saignant.

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La FDA a son compte Twitter depuis longtemps (plusieurs en fait, mais je suis celui-là: @FDA_Drug_Info), l’EMA aussi (@EMA_News), je viens de découvrir celui de la HAS (@HAS_sante). Twitter devient de plus en plus un incontournable de la veille documentaire institutionnelle. Manque plus que l’Afssaps.