Tomber de haut

J’ai failli tomber de très haut, tout mon système de référence aurait pu s’écrouler à cause de cette lettre aux professionnels de santé envoyée récemment par l’Afssaps à la suite des résultats intermédiaires de ALTITUDE.

Tenez-vous bien, l’aliskiren (Rasilez®) pourrait être dangereux chez certains patients, les diabétiques qui reçoivent déjà un IEC ou un ARA2 en majorant par rapport au placebo les risques suivants:

  • infarctus cérébral non fatal
  • complications rénales
  • hyperkaliémie
  • hypotension

Bon, je n’en ai jamais prescrit à mes patients, je n’ai donc pas eu à contacter l’un d’eux.

Pourtant j’aurais pu y croire.

Les prescripteurs ne pouvaient en effet qu’y croire:

Vous allez me dire que c’est facile d’être ironique a posteriori, alors que de nouvelles données sont disponibles. C’est très vrai. Mais n’est-ce pas le rôle des experts d’être prudents dans leurs jugements, voire d’essayer de prévoir l’avenir d’un nouveau médicament, afin d’éclairer leurs confrères moins clairvoyants? Sinon à quoi bon être expert si on se contente de recopier texto les conclusions des études sans les critiquer? N’importe qui peut le faire.

Par ailleurs, ça fait pas mal de temps que je m’amuse à tailler les oreilles en pointe de l’aliskiren.

Sur le papier, l’aliskiren a pourtant des propriétés pharmacologiques époustouflantes. Vous nous rendez compte, c’est le premier inhibiteur de la rénine, ce n’est pas rien! C’est une vraie innovation thérapeutique, comme le LEEM les aime tant.

Et ça agit de façon quasi miraculeuse sur des tas de paramètres intermédiaires, par exemple sur le ratio albuminurie/créatinine qu’il diminue de 20% (p<0.001) dans AVOID.

Impressionnant, non? 20%!

Heureusement, j’ai bêtement appris à un DU qu’il fallait se méfier des critères intermédiaires et privilégier des critères cliniques pertinents:

Tout d’abord, il est nécessaire de réinsister sur le fait qu’un critère intermédiaire, même fortement lié avec les mécanismes physiopathologiques de la maladie et les mécanismes d’action du traitement n’est pas forcément un critère de substitution. La notion de facteur de substitution reste assez conceptuelle, car, en particulier un critère de substitution ne prendra jamais en compte les effets délétères spécifiques des molécules à venir (cf. exemple du fluorure de sodium). Seul un essai sur critère clinique vérifie que les éventuels effets délétères d’un nouveau traitement ne contrebalancent pas le bénéfice découlant du résultat obtenu sur le critère de substitution.

Mais c’est un petit DU de province.

A Paris, dans un centre d’excellence, dans les trois dernières diapos de cette Lecture critique des grands essais sur l’HTA, on nous dit même un peu l’inverse:

Les résultats des essais de morbi-mortalité ne devraient pas être le seul critère permettant de différencier les médicaments antihypertenseurs.

Déstabilisant, non?

En fait non.

Il suffit de se rappeler de deux ou trois choses pour ne pas être déstabilisé et essayer de prescrire ce qu’il y a de mieux à ses patients:

  • Primum, non nocere. Donc rester prudent sur les effets secondaires possibles des innovations thérapeutiques, qui par définition ne sont pas tous connus au lancement de ces dernières. Ne prescrire “rapidement” après l’obtention de l’AMM qu’en cas de vraie avancée pour le patient (aucun intérêt de se jeter comme un mort de faim sur le 317ième traitement anti HTA). En général, ne pas prescrire de médicaments qui n’ont pas démontré leur intérêt sur des critères cliniques pertinents.

  • Toujours de faire sa propre opinion à partir de sources indépendantes. Il y en a peu, mais il y en a (par exemple la Revue Prescrire)

Ceux qui suivent ce blog doivent penser que je radote, ça fait en effet des années que je raconte toujours les mêmes choses.

Mais très régulièrement, une nouvelle innovation thérapeutique et surtout les sirènes commerciales qui l’entourent, montrent que l’industrie utilise inlassablement les mêmes ficelles pour nous faire prescrire des molécules qui au final sont susceptibles d’être inefficaces, voire nocives.

Peut-être que l’aliskiren n’est nocif que sur une population de patients, celle de ALTITUDE, mais cela ne me donne pas du tout envie de le prescrire au reste des hypertendus alors qu’il existe des alternatives, qui elles, ont montré une diminution de la morbi-mortalité.

Attention, d’un point de vue plus général, toutes les nouveautés ne sont pas à jeter à la poubelle, loin de là. Il faut se garder de tomber d’un excès à l’autre. Par définition, toutes les molécules que nous utilisons, j’espère à raison, ont été des nouveautés!

Mais il est de la responsabilité de chaque médecin d’essayer de trier le bon grain de l’ivraie afin de prescrire en conscience le traitement le plus adapté à ses patients.

Un article pivot

La nouvelle vient de tomber dans mon Google Alert!

J’adresse mes sincères félicitations à Capital Santé, Amgen et GSK pour cet article princeps sur le denosumab (Prolia®), qui vient d’être publié dans la plus grande revue scientifique française, Paris-Match. En effet, jusqu’à présent, la Bonne Nouvelle n’était fort injustement reprise que dans des journaux régionaux de troisième catégorie.

Néanmoins, je n’oublie pas le reviewer, la journaliste, dont les questions pointues ont su pousser l’auteur principal dans ses derniers retranchements. Je la remercie aussi au nom de tous les patients ostéoporotiques, lecteurs de Paris-Match, aimable paraphrase.

Rappelons-nous avec émotion ce précédent maintenant illustre, le fameux article sur l’aliskiren (Rasilez®) qui a permis à la France de découvrir cette merveilleuse molécule dont l’efficacité et le caractère innovant ont permis à des millions d’hypertendus de ne pas mourir.


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On s’associe?

Je ne suis pas un grand fanatique de l’aliskiren, (Rasilez®) ce n’est pas un secret (comme je ne l’étais pas de l’ivabradine jusqu’il y a 45 minutes…), mais je suis néanmoins son actualité.

L’aliskiren est une molécule anti HTA innovante (premier inhibiteur de la rénine à obtenir une AMM) sortie aux EU en mars 2007 et chez nous depuis août 2007.

Son caractère innovant et sa puissance, qui auraient dû révolutionner le traitement de l’HTA selon Paris-Match, devraient donc logiquement largement suffire en monothérapie.

Pourtant, le laboratoire qui le commercialise a déjà demandé et obtenu 3 AMM aux EU et 1 en Europe pour des associations comportant cette molécule:

  • aliskiren+hydrochlorothiazide (Rasilez HCT ® en Europe)
  • aliskiren+valsartan
  • aliskiren+amlodipine

Cette dernière association vient tout juste d’être approuvée aux EU.

Étonnante, quand même, cette frénésie d’association, trois en trois ans, un peu comme si l’aliskiren n’était pas très efficace en monothérapie (je n’ose l’envisager).

J’ai jeté un coup d’œil au RCP et je suis tombé sur des résultats d’études qui ont permis d’obtenir cette AMM.

Ces études sont assez intéressantes.

Il suffit de démontrer que l’association A+B est plus efficace sur la tension artérielle que A et B en monothérapie et qu’un placebo pour obtenir une AMM.

Simple comme bonjour.

Prenons une courbe au hasard (page 3):

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En ordonnée, la probabilité d’atteindre une pression systolique inférieure à 140 mm Hg. En abscisse, la pression artérielle initiale.

Bien entendu, plus la TA de départ est élevée, et plus la probabilité d’atteindre l’objectif tensionnel est faible. Par ailleurs, l’ association de 300 mg d’aliskiren+ 10 mg d’amlodipine fait mieux que 300 mg d’aliskiren, 10 mg d’amlodipine isolément et mieux que le placebo.

Mais ce qui est drôle, c’est que sur cette courbe, et sur toutes les autres, l’amlodipine 10 mg fait systématiquement mieux que l’aliskiren 300 mg. Ces doses sont les posologies maximales usuelles de ces deux molécules.

L’amlodipine a obtenu sa première AMM le 21/08/1990, 17 ans avant l’aliskiren, et est actuellement génériquée.

Le coût mensuel d’un traitement par amlodipine 10mg est de 8.82€, celui de l’aliskiren 300 est de 24.67€ soit environ 2.8 fois plus.

Je vous rappelle par ailleurs que la HAS a logiquement publié en septembre 2009 une fiche de bon usage du médicament peu glorieuse pour l’aliskiren.

Méditons encore une fois sur les fortes paroles de Christian Lajoux:

«Enfin, Christian Lajoux, président du Leem (Les Entreprises du médicament), interrogé par notre confrère « le Quotidien du Pharmacien », estime que l’attitude de « Que choisir » constitue «un rejet de l’innovation thérapeutique qui revient à considérer qu’il faut traiter les patients avec des médicaments d’occasion».