Quiz ECG, la réponse

Bon, je ne vais pas faire le malin, j’aurais été bien incapable de faire le diagnostic sans connaître l’antécédent majeur que je vous ai caché.

Toutefois, l’ECG donne des indications sur ce qu’il faut chercher.

D’abord on vérifie bien que l’ECG porte bien le nom de la personne en face de vous (là, j’ai pas mis le nom, mais cette vérification est systématique).

Ensuite, on vérifie bien que la calibration est “standard” (25 mm/s et 10 mm/mV). Là, pas d’excuse, j’ai mis le contrôle de calibration exprès.

Ensuite on vérifie que l’aide-soignante/l’externe n’a pas inversé les électrodes: p est positif en DI, donc c’est bon.

Le rythme est sinusal. A priori pas d’hypertrophie auriculaire.

L’axe est franchement pathologique puisqu’il est “hyperdroit” (ce terme est sujet à caution et sa définition varie  pas mal selon les auteurs) avec un DI<0 et un aVF<0. A la louche, il est pas loin d’être perpediculaire à aVL (QRS le plus nul), donc pas loin de -120. Un axe “hyperdroit”, ça ne court pas les rues, on ne guère ça que dans les HTAP majeures et sutout…les cardiopathies congénitales.

V1 est très pathologique (mal placé?) et le rapport R/S n’est pas facile à déterminer.

La repolarisation est elle-aussi particulière: ST-T négatif et asymétrique sur tout le precordium. Là aussi, c’est pas fréquent, et là aussi le tracé attire l’œil vers les cavités droites puisque cet aspect est compatible avec une hypertrophie ventriculaire droite.

“Ça” se passe à droite et c’est pas banal, probablement une cardiopathie congénitale.

La cicatrice sternale vient heureusement appuyer votre diagnostic qui est confirmé quand la jeune dame vous raconte qu’à l’âge de 4 ans elle a eu une correction d’une tétralogie de Fallot.

La morale de l’histoire?

C’est que cette jeune femme mène une vie parfaitement normale, voire même plus sportive que la moyenne malgré une cardiopathie congénitale majeure prise en charge à l’âge de 4 ans. En dehors de soucis obstétriques, sa première grossesse aurait été normale, ainsi que la seconde en cours.

J’ai trouvé ça magnifique.


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Pour les fanatiques de l’ECG chez les Fallot, et aussi pour voir ce qu’est une interprétation d’ECG digne de ce nom, faite par des cardiologues des années 50-70 (des vrais, des durs, des tatoués!):

DEPASQUALE NP, BURCH GE. The electrocardiogram, vectorcardiogram, and ventricular gradient in the tetralogy of Fallot. Circulation. 1961 Jul;24:94-109.

Lawrence S. Cohen and William C. Roberts. Tetralogy of Fallot: Its Unusual Variants and Its Simulators. Chest March 1970 57:266-274; doi:10.1378/chest.57.3.26.

Arnold Wood. The electrocardiogram in the Tetralogie of Fallot. Br Heart J. 1952 April; 14(2): 193–203.

Embellie pour le Multaq

Sanofi vient d’annoncer que le NICE avait  modifié les conclusions de son évaluation sur le Multaq® en rendant finalement un avis positif.

C’est bien dommage que le site du NICE soit actuellement momentanément indisponible car je suis curieux de lire cet avis.

Du côté de la HAS, toujours rien.

Wait and See…

Edition:

Theheart.org en parle ici:

Sue Hughes. UK NICE reverses decision on dronedarone for AF. theheart.org. [Clinical Conditions > Arrhythmia/EP > Arrhythmia/EP]; Mar 30, 2010. Accessed at http://www.theheart.org/article/1063713.do on Mar 30, 2010

Le signe du tampon de l’anesthésiste

Attention, cette note va faire date dans l’histoire de la médecine!

Je vais y revendiquer la paternité d’un signe clinique, pathognomonique qui plus est, excusez du peu, qui, à ma connaissance n’a jamais été décrit auparavant.

J’en ai eu l’intuition en écrivant les notes sur les anesthésistes fous et ma petite femme enceinte.

Au CHU, examinons un courrier de demande de consultation cardio-vasculaire émanant d’un service de chirurgie ou d’une/un anesthésiste.

Le plus souvent, c’est l’externe qui l’a écrit sur un coin de table. Parfois c’est une lettre circulaire ou il suffit de marquer le nom du patient sur les petits points et où on demande “une consultation pour évaluer l’état cardio-vasculaire de M/Mme…….. qui doit bénéficier d’une intervention chirurgicale” (je n’invente pas, ce courrier circulaire est utilisé actuellement dans un grand CHU en France)

Mais si c’est l’anesthésiste qui a pris la peine de l’écrire et si en plus il/elle a pris soin d’y apposer son tampon en bas de page au lieu de l’ignoble gribouilli habituel, c’est que le patient l’a inquiété(e), qu’il/elle se sent concerné(e) et donc, que le patient à endormir a peut-être en effet un problème cardio-vasculaire devant être pris en compte.

Ce signe dont il reste à déterminer la sensibilité et la spécificité (qui devrait être égale à 1) me semble excellent pour dépister les patients à risque cardio-vasculaire, les vrais, et donc de gagner du temps sur les innombrables consultations “ouverture du parapluie de golf”.

Bon, évidemment, ça ne marche pas en clinique privée.

Un patient qui y rentrerait par inadvertance pour se faire couper les cheveux se verrait d’emblée orienté vers un anesthésiste, qui demanderait systématiquement une consultation cardiologique.

En clinique, la logique est différente, et mon fabuleux “Signe du tampon de l’anesthésiste” n’apporte aucune information pertinente.

(Note pour moi-même, penser à changer le nom peu heureux de ce nouveau signe qui pourrait induire en erreur les générations futures d’étudiants en médecine).